Non, non, vous ne rêvez pas ! Ce qui va suivre est bel et bien un modeste CR d’une partie du grand
ASL. Pas la version "pour les petits" que je pratique habituellement, non (je plaisante bien sûr, j’adore le
Starter Kit, vous le savez !)... mais bel et bien une partie du grand frère avec son imposant corpus de règles. Je remercie l’Eléphant qui a accepté de me consacrer une grosse après-midi pour que je continue à appréhender ce grand classique du wargame tactique.
Or donc, nous nous sommes opposés sur un scénario de Critical Hit, le CH41, intitulé
Test of Nerves. Et tout d’abord, un petit peu de contexte historique.
Villers-Bocage, Normandie, le 13 juin 1944Normalement, rien qu’à l’évocation du lieu, je pense que tout amateur de la période aura deviné de quoi il s’agissait. Néanmoins, au cas où, petit rappel des faits.
Le 12 juin 1944, l’escadron "A" du 4th London Yeomanry appartenant à la 7th Armoured Division britannique (aussi connu sous le nom de "Desert Rats") a été sévèrement accroché aux alentours du petit village normand de Villers-Bocage alors qu’il tentait de contourner les forces allemandes pour s’ouvrir la route vers le sud de Caen, objectif majeur du secteur anglais après le débarquement. Ayant perdu plusieurs blindés, les "Rats" sont contraints de se replier et la progression est momentanément stoppée.
Le lendemain, l’escadron "B", ignorant le sort de leurs camarades, fait route vers l’objectif. C’est en apercevant les carcasses des véhicules détruits la veille que le Lieutenant Cotton réalise l’ampleur du désastre et décide prudemment de stopper sa progression au niveau du carrefour principal croisant la route de Caumont. Il envoie alors le Firefly commandé par le sergent Bramall en reconnaissance dans les rues de la ville pendant que le reste de sa colonne coupe les moteurs afin de mieux entendre l’approche des blindés allemands.
Ce que les britanniques ignorent c’est que de l’autre côté de la bourgade, des éléments de la seconde compagnie de chars lourds de la Schwere SS-Panzer-Abteilung 101 commandée par l’as allemand Michael Wittmann montés au front depuis la Seine-Maritime ont pris position entre la sortie est de la ville et la cote 213, objectif fixé par les alliés.
La suite, vous la connaissez sûrement...
Le 13 juin 1944 à 9h00, Wittmann et son Tigre prennent par surprise la colonne britannique alors qu’elle se redéploie. Dans sa percée vers le coeur de Villers-Bocage, l’as allemand fait un "carton", détruisant 10 half-tracks, 4 Universal Carrier, 2 transports de troupe, 2 canons anti-chars (6-pdr) et 3 chars légers Stuart. Mais son épopée ne s’arrête pas là ; dans les rues de la ville, Wittmann et son équipage détruisent 2 Shermans de commandement (du 5th Royal Horse Artillery), 1 scout car et 1 half-track supplémentaire. Ce n’est qu’arrivé sur la place Jeanne d’Arc qu’il doit faire face à un candidat sérieux ; un Firefly commandé par le sergent Lockwood de l’escadron "B" ! Le char britannique tire pas moins de quatre fois et endommage le Tigre d’un coup au but dans la coque. Ce dernier riposte mais manque sa cible. Néanmoins, la munition touche un mur qui s’écroule sur le Sherman, l’empêchant de poursuivre le combat.
Wittmann opère alors un demi-tour et remonte la rue Clémenceau où le tir d’un canon anti-char l'atteint au niveau de sa chenille gauche, immobilisant le monstre. Qu’à cela ne tienne, Wittmann et ses hommes parviennent malgré cela à détruire un Cromwell britannique d’un tir dans la tourelle qui fait exploser ses munitions avant de repousser un assaut d’infanterie avec la MG34 embarquée du blindé. Finalement, l’as allemand et ses coéquipiers abandonnent leur blindé pour regagner leurs lignes à pied.
Malgré l’exploit de Michael Wittmann, les britanniques tinrent l’ouest de Villers-Bocage une grande partie de la journée, repoussant plusieurs assauts allemands, notamment grâce au soutien de l’artillerie. Pour autant, à 16h00, les officiers du 4th London Yeomanry décident de retraiter, mettant fin aux espoirs alliés de contourner la ligne de front et de mettre la pression sur les forces allemandes stationnées au sud de Caen.
Il faudra attendre le 04 août 1944 et le succès de l’opération Cobra pour que les alliés (re)prennent Villers-Bocage sans combattre, les allemands l’ayant évacué la nuit précédente.
Un Tigre et un Panzer IV détruits dans la rue principale de Villers-Bocage